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    June 15

    Entre rupture et continuité, le choix impossible du Sionisme

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    Par Nicolas ZOMERSZTAJN 

    ......A cette dialectique de la normalité et de la révolution, se superpose celle de la continuité et de la rupture avec le passé juif. A l’instar des nombreux mouvements nationaux apparus dans le courant du XIXe siècle, le sionisme s’interroge longuement sur sa place dans l’histoire de son peuple. En dépit de la rupture radicale avec les siècles de vie juive en diaspora qu’il préconise vivement, le sionisme saisit très tôt les problèmes qu’un tel processus peut engendrer s’il est mené à la lettre. En effet, ne ruine-t-il pas sa légitimité historique à l’égard des Juifs s’il rompt complètement avec le judaïsme et le passé juif ? Cette interrogation ne cessera d’accompagner la réflexion des théoriciens du sionisme et alimentera de nombreux débats animés au sein de ce mouvement. C’est la raison pour laquelle, à l’exception notoire de Théodore Herzl, fondateur du sionisme politique, aucun sioniste ne fera table rase du passé. Pour ce journaliste et critique littéraire juif viennois d’origine hongroise, l’influence du libéralisme philosophique et politique est déterminante. Pour ce Juif assimilé, le problème se situe essentiellement dans les relations qu’entretiennent les Juifs avec les sociétés environnantes. La crise interne que traverse le peuple juif et les défis de la modernité auquel il est confronté ne préoccupent pas Herzl. Selon lui, les Juifs sont confrontés à une situation d’urgence pour leur survie en raison de l’échec de l’émancipation due à l’apparition d’un antisémitisme virulent tant en Europe orientale qu’en Europe occidentale. Ils doivent donc se constituer en nation et fonder leur propre Etat où leur existence sera pleinement garantie. L’Etat auquel il fait allusion correspond évidemment aux canons du libéralisme politique très en vogue dans les cercles intellectuels viennois : un Etat moderne où toute référence aux traditions religieuses sera soigneusement évacuée. C’est la raison pour laquelle il prend bien soin d’intituler son livre faisant office de programme politique l’Etat des Juifs (Der Judenstaat) et non pas l’Etat juif (Der Jüdischerstaat). Herzl envisage donc une rupture radicale avec le passé traditionnel juif avec lequel il ne cherche pas à établir le moindre lien avec son projet politique.

    Extrait de "Entre rupture et continuité, le choix impossible du sionisme" - Etude 2005

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